Sur les traces de l’esclavage à Bouillante
Raymon quéneau disait
L’histoire est la science du malheur des hommes
C’est avec cette pensée en tête que nos pas ce sont dirigés, avec Jean Jacques, tout à côté de la section dépôt à Bouillante, où j’ai habité presque un an. Là, tout à proximité de ma location à l’année, ancien dépôt de café réhabilité, m’attendait une rencontre poignante.
Une rencontre avec l’histoire, avec des lieux chargés émotionellement, mais aussi des éléments pour comprendre le présent et ainsi construire l’avenir, c’est ALI THUR qui fût notre phare dans cette quête.

chapelle bouillante
Un sanctuaire oublié à Bouillante, chapelle et cimetière d’esclaves à Dépôt
Ali Thur était un grand architecte reconnu par toute la Guadeloupe. il construisit cette petite chapelle de Dépôt à Bouillante, maintenant abandonnée à côté d’une autre plus grande, .Ali Thur, n’était pas musulman, comme son nom pourrait le laisser croire, sa mère ayant vécue de nombreuses années en Afrique du nord, trouvait joli ce prénom, elle n’hésita pas à le donner à son fils!
Dépôt est un tout petit quartier de Pigeon, englobant les chapelles, les bâtiments de l’UCPA et de la gendarmerie. Une toute petite route descend sur la mer, là où dans le temps, existait un dépôt de marchandises pour le troc et la vente. Cette route est bordée de toutes petites cases et en bas, une plage de galet.
Laissons nous guider par la mémoire vivante du quartier, Bienaimé Gael, quatre vingt quatre ans et une mémoire à toute épreuve. Il avait tenu tout d’abord à nous conter cette histoire

prison bouillante
Histoire du quartier de Bouillante
Bienaimé a pratiqué la pêche toute sa vie, mais cela ne l’a pas empêché de s’intéresser de très près à l’histoire de ses ancêtres !………
Dépôt nous réserve bien des surprises. L’ancien chemin empierré que l’on aperçoit encore, menait directement à l’ancien presbytère que les prêtres empruntaient chaque jour. Derrière la nouvelle chapelle, la ruine existante, est celle de l’ancienne prison. Ce triste édifice, abritait, les forçats et les révolutionnaires, après l’esclavage! A une centaine de mètres du cachot, la falaise sur laquelle était dressée la guillotine. A cette époque, les moeurs étaient terribles, l’on balançait tout de go, les corps décapités dans la mer, seuls les poissons y trouvaient leur compte! Quand aux forçats qui réchappaient à la guillotine, s’ils étaient en bonne santé, ils venaient renforcer les effectifs de Guyane!

sanctuaire bouillante
Un chemin sacré sur le sanctuaire de Bouillante
Sur le côté droit du vieux chemin empierré, en direction du presbytère, des conques de lambis jonchaient le bord du chemin pour marquer d’une manière indélébile, l’emplacement des tombes des anciens esclaves! Bienaimé s’inscrit en faux, contre toute interprétation du transfert des corps au cimetière du bourg?
Une grande partie de la population, s’insurge contre un projet de constructions de logementssur cet emplacement sacré! Les cérémonies de Paques, donnent lieu à des manifestations de souvenirs importants. les bouillantais viennent allumer des bougies tout au long du chemin en mémoire de leurs ancêtres!
Aujourd’hui, une simple fleur bleur pousse au milieu du terrain,veillant avec patience sur l’âme des esclaves.

ouassous et bassin à bouillante
Le bassin aux ouassous, (écrevisses tropicales) à bouillante
L’arrivée du vingtième siècle avec la construction tardive de la nouvelle église pour remplacer celle d‘Ali Thur devenue trop petite, a vu une succession de prêtres, qui ont eu à coeur de planter le lieu d’arbres divers et d’y entretenir des jardins créoles, avec du maïs, des ignames, (racines comestibles), bananes, etc…
Les prêtres avait également crée un bassin à ouassous, l’eau arrivait directement du Trou à Diable et s’écoulait dans une petite ravine jusqu’à la mer! Avec les jardins créoles, les prêtres pouvaient s’alimenter sans problème. Quelques pieds de rameaux avaient été plantés, ils suffisaient largement aux fidèles lors des cérémonies du dimanche des rameaux!

eglise bouillante pigeon
A Pigeon Bouillante, en la section dépôt, l’atmosphère est chargée d’histoire et de recueillement pour les morts qui ont afflués en ces espaces, la Guadeloupe c’est aussi cela
« savoir c’est se souvenir » [Aristote]